Vers une gouvernance partagée de la nature en ville

Read in english

L’Axe 3 du Plan Nature en ville vise à Promouvoir une culture et une gouvernance partagées de la nature en ville sur la base de 5 engagements :

  • Connaître la perception de la nature par les habitants
  • Développer les démarches d’information et de sensibilisation
  • Renforcer les compétences des professionnels sur la biodiversité
  • Constituer un centre de ressources sur la nature en ville
  • Favoriser la participation des citoyens aux projets d’espaces urbains de nature.

Une enquête réalisée au démarrage du projet HERCULES pour mieux cerner les besoins et attentes concernant les modes de gestion du paysage a été proposée en ligne sur l’outil Soorvey.com, diffusée sur les réseaux sociaux, et les réponses de 258 participants ont été enregistrées. Afin d’analyser les réponses apportées à la question ouverte « Quels sont vos principaux besoins et attentes au regard des enjeux de gestion du paysage ? », les terminologies ont été retranscrites à l’aide de la méthode d’étude des représentations sociales (Abric, 2003), et dans un nuage de mots où le mot ayant été évoqué le plus de fois apparait en plus gros. Une grande majorité des participants évoque la qualité de vie et le bien-être, particulièrement dans les villes, avec un désir d’harmonisation entre les espaces verts et les constructions. Les questions de la « connaissance » et de la « concertation » sont souvent apparues comme un besoin de renforcer l’implication des parties prenantes dans l’aménagement du cadre de vie, pour renforcer l’identité locale à travers la transmission de valeurs culturelles, héritages de l’existant. La gouvernance apparait ainsi au centre des préoccupations.

https://c1me.wordpress.com/2014/08/26/resultats-denquete-sur-la-perception-du-paysage/
Importance des enjeux de développement durable associés au patrimoine paysager – Source : Résultats d’enquête sur la perception du paysage

Dans la forêt de Mersey, par exemple, la consultation publique s’est étalée sur une longue période, et a permis de demander au public son ressenti sur les arbres et les forêts du Merseyside, les lieux où densifier les plantations d’arbres, et les endroits où améliorer la gestion forestière, pour un usage responsable des ressources. La campagne comprenait deux méthodes de marketing traditionnelles accompagnées d’une cartographie interactive innovante. Les informations recueillies ont fourni une base factuelle sur laquelle développer et mettre en œuvre la politique locale. Le travail a identifié des domaines clés pour accroître la connectivité du paysage boisé pour aider non seulement à réduire la fragmentation de l’habitat, mais aussi pour fournir toute une gamme de services écosystémiques.

La participation du public fait toutefois encore l’objet de débats entre la nécessiré d’établir des modes de gouvernance et celle d’affronter des résistances au changement portées par certains projets (Pautard, 2010, communication VAD). Une première réponse est apportée par le besoin identifié d’une « concertation permanente », non liée au projet (Table ronde PDD2, 2015), sur la base d’une mobilisation « favorisant une mise en dialogue des attentes individuelles, des intentions collectives, et des évolutions envisageables (et désirées) d’un territoire » (Y. Lazzeri, 2015, Paysage, développement durable, et participation citoyenne, recueil Biodiversité, paysage et cadre de vie, sous la direction d’Yves Luginbühl).

Typologie des interventions et modes dominants de participation (de l’information à la co-conception) - Source - Lazzeri et al
Typologie des interventions et modes dominants de participation (de l’information à la co-conception) – Source : Lazzeri et al.

Cette tendance est aujourd’hui illustrée dans le cas de microprojets locaux tels que les jardins partagés, ou ici à travers l’exemple des jardins de poche de Saint Priest. Ces jardins de poche sont des projets participatifs d’embellissement de la ville portant sur des espaces publics initialement « délaissés » et entretenus par des habitants volontaires, qui y plantent fleurs, arbustes, etc. Face à la demande des habitants d’espaces de nature, la ville de Saint-Priest a mis en place ces petits espaces publics (pieds d’arbre, coins de rue, etc.) que les habitants s’approprient pour les fleurir et les planter à leur goût. « Programme d’embellissement urbain, les jardins de poches sont également l‘occasion de créer des liens entre les habitants et avec la mairie, et de mieux faire respecter l’espace public par les habitants ». En novembre 2011, il y a eu 14 jardins de poche en fonctionnement et 12 en projet dans les différents quartiers de la ville : pieds d’arbre, devantures de maison, pieds d’immeuble, bords de trottoir, et autres espaces de quelques mètres carrés. La démarche a permis d’associer les Conseils de quartiers, l’Association Passe-jardin, et des accords et conventions ont été passés avec les différents copropriétaires / usagers / gestionnaires des sites. L’appropriation de la démarche par les habitants s’est appuyée sur une vingtaine de personnes mobilisée sur les 200 conseils de quartier invités, avec un fonctionnement pérenne aujourd’hui. Le projet a bénéficié aux habitants-jardiniers qui ont été formés auprès du service Espaces verts, au voisinage qui profite de l’amélioration du cadre de vie, aux techniciens avec la création de liens avec les habitants, et aux élus qui profitent de l’amélioration de l’image de la ville. Ce projet est inspiré, entre autre, de l’initiative « Green Street » de la ville de Vancouver. L’objectif est l’appropriation de cet espace public par les habitants, avec quelques interrogations au départ, les habitants se demandant si c’était bien leur rôle de faire les choix de jardinage pour la parcelle, pour aboutir à la création des liens entre les habitants, et garantir la convivialité et le respect des espaces publics, mais également pour améliorer le cadre de vie à coté de chez soi, et offrir aux habitants de nouveaux espaces de jardinage et de nature. L’adhésion à la démarche des techniciens de la ville, sous la forme de volontariat est l’une des clés de succès, avec l’enthousiasme des élus. La démarche s’incrit dans l’Axe 2 du Plan Nature en ville visant à développer les espaces de nature en quantité et en qualité, avec le développement d’ espaces de nature de proximité, et l’Axe 3 visant à Promouvoir une culture et une gouvernance partagées, en favorisant la participation des citoyens aux projets d’espaces urbains de nature. (source : DREAL Rhône-Alpes – Fiche action 4)

Jardins_de_poches
Les jardins de poche de Saint Priest – Photo Service espaces verts de Saint Priest
Cet article est extrait d’une présentation intitulé « Recoupler les composantes socio-culturelles et écologiques des espaces naturels urbains » destinée au colloque Services Eco-systémiques : apport et pertinence dans les milieux urbains, dont la présentation est disponible ici.
Publicités