Le jardin, lieu de créativité artistique et d’innovation

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Le jardin s’offre comme lieu de créativité et d’innovation, à travers le jeu des plantations, mais aussi de la représentation artistique. Le cheminement en extérieur facilite la découverte, et offre l’accès pour tous à des émerveillements de toutes natures.

Ainsi, le Musée d’art en plein air de Pedvale, Lettonie a été ouvert par le sculpteur Ojars Arvids Feldbergs en 1991 et est maintenant un monument historique d’Etat. Ses 100 hectares couverts de champs cultivés, prairies fleuries, collines, rivière et forêts sont un endroit idéal où les professionnels créatifs, – sculpteurs, peintres, graveurs, artistes – sont libres de s’exprimer et sont encouragés à tirer leur inspiration de la nature en utilisant des matériaux locaux. La collection permanente du musée comprend plus de 150 œuvres d’art qui ont été créées au cours des symposiums et des ateliers, ainsi qu’une présentation des œuvres de Ojars Feldbergs et des expositions temporaires d’artistes locaux et étrangers, avec un nouveau thème chaque année.

A une autre échelle, au Jardin des Plantes de la ville de Nantes, les installations artistiques de l’illustrateur Claude Ponti ont attiré près de 1 million de visiteurs, avec des créatures fantastiques tout droit sorties de l’imaginaire de l’artiste, qui invite le public à jouer avec toutes les œuvres et à faire tinter les Clochers-Pots, buller avec le Sous-fleur, faire parler Simone-la-voix-de-la-gare et finir en détente parmi les mille Cousspoussins… pour le plus grand plaisir des petits et des « grands enfants ».

 

Source : Geneviève Girod
L’Appouare vagabonde mirante, Claude Ponti, Jardin des Plantes, Nantes

Mais le parcours peut aussi faire appel à d’autres sens que l’approche visuelle. Pour Gilles Malatray, « Inviter des structures, des institutions et des publics, à explorer de nouveaux paysages sonores, parcourir la ville comme la campagne en considérant ces milieux comme de véritables espaces auriculaires esthétiques n’est pas un simple geste artistique. Aborder et raconter de nouveaux territoires d’écoute, c’est partager des lieux de vie par l’oreille, aménager de vraies et sincères relations humaines, entrevoir des approches écologiques, sociales, patrimoniales… C’est privilégier la diversité des approches, postures, façons de faire, d’entendre et de faire entendre collectivement. » Ses Points d’ouïe et paysages sonores partagés sont des leviers de valorisation d’espaces aussi beaux que fragiles, « à la constitution d’un ensemble de traces – outils, mis à la disposition de l’habitant, de l’artiste, du chercheur, de l’enseignant, du politique, de l’aménageur… (…) à la croisée des chemins d’écoute, là où les choses les plus incertaines, les plus fluctuantes, les plus passionnantes peuvent voir le jour. » (Gilles Malatray, Desartsonnants, 2016).

L’espace vert offre aussi des voies pour l’innovation. Dans la forêt de Mersey, une méthodologie innovante de cartographie géospatiale a permis de fournir une base factuelle sur laquelle développer et mettre en œuvre la politique locale. Les domaines clés pour accroître les interconnections du paysage boisé ont été identifiés afin de fournir une aide non seulement pour réduire la fragmentation de l’habitat, mais aussi pour proposer toute une gamme de services éco-systémiques, tels que :

  • la production de bois,
  • la régulation du climat,
  • la gestion de l’eau,
  • les loisirs et tourisme,
  • le bien-être,
  • l’éducation,
  • la culture.

En matière de recherche vers la résilience, en aidant à la conservation de la diversité génétique, ou en offrant un espace d’expérimentation, la Fondation SAVE est l’organisation européenne chapeau pour la sauvegarde de la diversité agricole. Sa mission est la conservation et la promotion de la diversité culturelle génétique. Un accent particulier est mis sur la survie des races menacées d’animaux d’élevage et des espèces de plantes cultivées. La maîtrise d’une bonne palette horticole et le maintien de variétés locales de fruits et de légumes, qui se démarqueraient d’une production standardisée, en valorisant l’adaptation au sol et climat locaux, et restant attractive pour la micro-faune est à ce tire un réel enjeu.

Ainsi, sur le Parc technologique Porte des Alpes, le Grand Lyon et l’entreprise Tarvel se sont associés avec les cuisines du Golden Tulip pour créer un potager aidant à la conservation des variétés anciennes lyonnaises. Les graines qui y sont cultivées sont, pour l’essentiel, celles de fruits et légumes presque disparues ou en voie d’extinction, originaires du territoire. Elles sont précieusement conservées par le Centre de Ressources de Botanique Appliquée de Lyon (CRBA), dans la continuité du programme intitulé « Fruits, légumes et fleurs du bassin lyonnais : un patrimoine culturel et biologique à connaître et à conserver », engagé par le laboratoire du CNRS « Ressources des terroirs – Cultures, usages, sociétés ». Un travail de mise en culture de variétés potagères locales préservées par le CRBA est également mené sur le Parc de Parilly pour les tomates, poivrons, melons, courges, basilic… Le CRBA, qui maintient également des variétés horticoles représentatives de la biodiversité domestique lyonnaise et gère la base de données Horti-Lyon, est par ailleurs implanté sur le Parc de Lacroix-Laval, qui cultive une partie des légumes patrimoniaux dans le potager du château, ainsi que de nombreux fruitiers. Un projet de coopération franco-russe est aujourd’hui engagé et supporté par la Fondation De Natura, pour soutenir l’institut Vavilov, plus ancienne banque de semences du monde qui sauvegarde vraisemblablement une partie de l’avenir alimentaire de l’humanité, dans ses missions pour enrichir la diversité végétale cultivée.

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Conservation de semences potagères locales au potager du parc technologique de Saint-Priest, en collaboration avec le CRBA – crédit photo: Direction logistique, patrimoine et bâtiment, Métropole de Lyon

S’il est parfois difficile de trouver le juste équilibre entre des jardins très horticoles et pauvres en biodiversité, et des friches de nature dont l’acceptabilité par le public est encore fragile, l’une des réponses peut passer par le soutien de la biodiversité domestique, qui contribue à la préservation du patrimoine végétal, horticole et nourricier des jardins publics, et qui se rattache à une histoire. La recherche de conceptions innovantes valorisant des mariages d’indigènes et d’horticoles, et la création de nouvelles synergies entre paysagistes et écologues peuvent permettre d’aller à la rencontre des parties prenantes, faisant appel à la perception, la sensation et l’émotion.

Cet article est extrait d’une présentation intitulé « Recoupler les composantes socio-culturelles et écologiques des espaces naturels urbains » destinée au colloque Services Eco-systémiques : apport et pertinence dans les milieux urbains, dont la présentation est disponible ici.
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